Appel à communication : colloque l'intraduisible, 3-4 décembre 2015

Appel à communication : colloque l’intraduisible, 3-4 décembre 2015

Appel à communications
[Date limite : 15 avril 2015]

Dans son roman Le traducteur, Jacques Gélat note qu’« on félicite souvent les traducteurs mais on ne les admire pas »(Corti, 2006, p. 18). Cette remarque est bien souvent valable, à l’exception peut-être des foisoù le traducteur surmonte un cas-limite, communément appelé intraduisible, grâce à ses multiples répertoires linguistiques, sa formation, son expérience professionnelle, son parcours individuel, sans oublier ses qualités propres telles que son intuition et son talent. Les intraduisibles, ces mots que Barbara Cassin qualifie de « symptômes de la différence des langues » dans son livrePlus d’une langue (Bayard, 2012, p. 23), poussent le traducteur dans ses retranchements, le mettent à l’épreuve et l’obligent à puiser dans ses ressources. Ainsi, l’intraduisible place le traducteur dans une situation délicate ; plus que nul autre, il sait ce qu’il laisse de côté, néglige, écrème. Il se trouve ainsi dans une situation d’imposteur cryptique et déloyal qui n’honore pas son contrat de départ puisqu’il agit davantage en traditore adultérinqu’en traduttore fidèle. À titre d’illustration, évoquons la stratégie aussi courageuse que rusée d’un interprète qui, lors d’une conférence internationale, où il devait traduire simultanément le discours d’un homme politique russe en anglais, s’est adressé directement au public, en son nom : « Il m’est impossible de traduire l’histoire drôle que la personne que j’interprète vient de raconter, mais s’il vous plaît, aidez-moi, faites comme si ma traduction était drôle. Merci de bien vouloir rire ». L’effet recherché de départ était respecté et très probablement dépassé.

Ce colloque offrira l’occasion de réfléchir à la notion d’intraduisible en situation, soit aux innombrables nœuds gordiens et aux moyens de les démêler. Quoi de plus passionnant que d’analyser le travail d’un traducteur qui affronte vaillamment un lapsus oral, écrit, un jeu de lettres, de mots ou d’esprit, sans se fourvoyer ? Quelles réalités culturelles, sociologiques ou autres se cachent derrière un mot, une expression, une idée ou un concept qui posent un problème traductionnel aigu ? En quoi un cas de traduction épineux relève-t-il du caractère non servile d’une langue, d’une culture ou d’une société par rapport à une autre ?

Seront étudiées les stratégies écrites/orales employées par le traducteur/interprète face à ses blocages et sacrifices, ses trouvailles et audaces, au travers des thématiques suivantes :

le traduit, le traduisible, l’intraduisible, le non-traduit, le soluble, l’insoluble ;
le décalage entre le vouloir, le pouvoir et le devoir traduire ;
les solutions traductionnelles de dernier recours (évitement, omission volontaire, note du traducteur, adaptation, compensation, dépaysement, naturalisation, acculturation…) ;
le traducteur : les obstacles à son travail, ses sacrifices, ses trouvailles, ses limites ;
les culturèmes, sociolectes et realia épineux ;
la dimension culturelle (l’humour, la politesse, la religion, l’habillement, les habitudes et traditions, les rites et rituels, les célébrations, la gestuelle, les distances et les expressions faciales,…) et ses résistances à la traduction ;
la relation entre images et mots; le sous-texte dans la traduction audiovisuelle ;
la dénotation, la connotation, les variabilités de sens, l’implicite, l’allusion, l’ambiguïté ;
la rhétorique, les jeux de mots et de lettres (anagrammes, palindromes…) ;
le figement, la variabilité morphosyntaxique, les collocations ;
la censure et l’autocensure ;
les apports de la linguistique dans le traitement automatique des langues (traduction automatique, sous-titrage automatique) et leurs limites ; …
Les communications pourront porter sur toutes les langues-cultures. Elles se feront en français ou en anglais pendant 20 minutes et seront suivies de 10 minutes de débat.

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